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Au cœur de l’action…

Avec Marc Montoussé, économiste

 Le cours d'une action, comme celle de Rhodia, est parfois difficile à analyser... et laisse, profanes comme professionnels, perplexes. Alors à défaut d'expliquer ces variations, parfois irrationnelles, Rhodia-Alliance a demandé à Marc Montoussé, économiste, auteur et directeur de collections aux Editions Bréal, de nous emmener "au cœur d'une action" et de ses mécanismes complexes. L'occasion de réviser quelques "fondamentaux" financiers et d'aborder, avec pragmatisme et clarté un sujet qui l'est - clairement ! - beaucoup moins.

 

 

Quelle est votre définition d'une action ?

Marc Montoussé : L'action est une part de propriété d'une entreprise - elle représente une fraction du capital de celle-ci ; elle donne donc droit à une fraction du bénéfice appelé le dividende et à une participation à la gestion de l'entreprise par le vote lors de l'assemblée générale. Si l'action est librement cessible, elle ne peut pas être remboursée ; sa durée de vie est égale à celle de la société.

Si les actions existent, c'est parce que les entreprises sont d'une telle taille, que les capitaux de quelques propriétaires ne peuvent pas suffire ; les entreprises font appel à l'épargne publique. Ainsi, une entreprise qui a besoin de se financer peut-elle émettre des titres, dont les deux principaux sont les actions et les obligations (contrairement à l'action, l'obligation n'est pas un titre de propriété ; c'est un titre de créance négociable ; l'obligataire ne possède pas de part dans le capital de l'entreprise mais reçoit un intérêt qui ne dépend pas des résultats de l'entreprise).

L'émission d'actions conduit à une augmentation du capital de l'entreprise. Les nouvelles actions (et obligations) sont émises sur un marché non localisé appelé marché "primaire" (l'achat de nouveaux titres s'effectue généralement aux guichets des banques ou directement auprès des entreprises). Les actions peuvent ensuite être échangées sur le marché "secondaire" ; c'est sur ce marché qu'elles sont cotées.

Quelles sont les différents types d'actions sur le marché ?

Marc Montoussé : Les sociétés peuvent émettre depuis 2005 des actions de préférence qui sont assorties de droits particuliers de toute nature, financiers ou non, définis librement.
Ainsi, les "actions à droit de vote privilégié" donnent une position privilégiée à leurs détenteurs en termes de droit de vote ; au contraire, les "actions à dividende prioritaire" (ADP) ne comportent aucun droit de vote, mais procurent davantage de dividendes.
Enfin, les "actions à bon de souscription d'action" (ABSA) permettent aux porteurs d'acquérir à prix convenu d'autres actions de la société lors d'émissions ultérieures.

Quels sont les paramètres essentiels à prendre en compte avant d'acheter ?

Marc Montoussé : Les motifs de l'achat d'actions sont de trois ordres :

- 1/la spéculation qui est une transaction effectuée dans le but de réaliser une plus-value grâce à la revente des titres à un cours supérieur à celui de l'achat ;

- 2/la recherche du rendement c'est-à-dire du dividende ;

- 3/la participation au capital de l'entreprise.

Dans le premier cas, le choix dépendra des anticipations sur le cours du titre, dans le deuxième, des anticipations sur les profits de l'entreprise et dans le troisième de la volonté de participer à la gestion de l'entreprise. Si le troisième cas ne concerne que les gros actionnaires et les salariés de l'entreprise en question, les petits porteurs sont surtout concernés par les deux premiers cas.

De quelle manière est définie la valeur d'une action ?

Marc Montoussé : Simplement par la confrontation entre l'offre et la demande. Le cours de l'action (ou son prix) est celui qui permet d'égaliser exactement l'offre et la demande. Tout se passe comme si un commissaire priseur centralisait les offres et les demandes pour chaque prix proposé. Ce qu'on appelle en économie "le tâtonnement", c'est-à-dire l'ajustement successif du prix pour égaliser les quantités offertes et les quantités demandées, qui permet de parvenir à l'équilibre. Les choses ne se passent plus ainsi avec la cotation assistée en continue, mais le processus suivant permet de clarifier comment se déroule une cotation :

- un prix est donné par le commissaire priseur qui compte alors le nombre d'offres et de demandes correspondant à ce prix ;

- si l'offre est supérieure à la demande, un nouveau prix plus faible est crié : la demande augmente, l'offre diminue ;

- si la demande est supérieure à l'offre, c'est un nouveau prix plus élevé qui est crié : la demande diminue, l'offre augmente ;

- le processus de tâtonnement se poursuit jusqu'à ce que soit trouvé un prix qui permette d'égaliser l'offre et la demande ;

- les échanges s'effectuent à ce prix d'équilibre ; c'est le cours de l'action.
Pour comprendre l'évolution du cours de l'action, il faut donc s'interroger sur ce qui fait que cette action sera particulièrement offerte ou particulièrement demandée. Et cela dépend de deux déterminants principaux :

- le contexte boursier général : lorsqu'il est favorable, toutes les actions ont tendance à prendre de la valeur ; lorsqu'il est défavorable, elles ont tendance à en perdre.

- la situation particulière du titre en question et donc de l'entreprise dont il est une part de capital.

Quels sont les facteurs macro-économiques qui influencent le marché boursier ?

Marc Montoussé : Le contexte boursier résulte d'une part du contexte économique général et d'autre part de facteurs spécifiques à la sphère financière. Normalement, le contexte boursier devrait être déterminé par les fondamentaux de l'économie. Au niveau macroéconomique, les fondamentaux désignent les données principales de la situation économique d'un pays (croissance, inflation...).

En effet, une forte expansion de l'activité assure des débouchés aux entreprises qui voient leur chiffre d'affaires se développer tandis que le dynamisme de la demande tend à maintenir des prix de vente élevés. Les sociétés réalisent donc des bénéfices en partie distribués aux actionnaires, ce qui constitue un signal d'achat pour les opérateurs. Sous la pression de la demande, la valeur des actions s'élève, d'où une perspective de plus-value et une hausse auto-entretenue de la Bourse.

Selon cet enchaînement, le niveau d'activité et les cours des actions sont donc corrélés positivement. En cas d'envolée boursière, les ménages ont en outre le sentiment d'être plus riches du fait de la valorisation de leur patrimoine financier et, dans ce cas, ils tendent à épargner moins, donc à consommer davantage, stimulant encore la demande et l'expansion.
Mais il arrive que la sphère réelle et la sphère financières soient en partie déconnectées et que des perturbations financières aient des origines purement financières.

D'abord, les évolutions boursières sont bien plus explosives que celles de la sphère réelle : par mimétisme (attitude qui consiste, pour un intervenant sur un marché, à adopter le comportement supposé des autres intervenants), la hausse des cours appelle la hausse des cours ce qui crée des bulles financières et la baisse des cours appelle la baisse des cours ce qui crée des crises financières (crise de 2008-2009, par exemple).
Pris individuellement, chaque comportement peut être rationnel (par exemple vente des titres quand leurs cours baissent), mais leur agrégation provoque un approfondissement de la crise.

La part d'irrationnel a également un impact sur le marché boursier...

Marc Montoussé : Le marché financier est effectivement sensible aux rumeurs et certaines prophéties deviennent auto réalisatrices ; une prophétie auto réalisatrice est la réalisation d'un événement (par exemple une chute des cours boursiers) uniquement parce que celui-ci était anticipé par les agents économiques qui agissent donc dans ce sens et créent par leur comportement l'événement qu'ils prévoient. Les cours boursiers ne dépendent pas uniquement des fondamentaux ; ils dépendent aussi des anticipations sur les marchés financiers, mais aussi de phénomènes d'origine monétaire ; la crise des crédits subprime 2007 en est l'exemple symptomatique : les bourses des pays développés dont les banques étaient impliquées dans la crise des crédits subprimes ont été les premières à s'effondrer.
Or, la crise financière n'est pas sans impact sur la situation économique des nations ; en effet, en diminuant les actifs financiers des agents économiques, le krach boursier déprime la consommation et l'investissement car les ménages et les entreprises tentent de reconstituer leur épargne ; c'est ce que les économistes nomment "effet de richesse".

En dehors du contexte général, comment expliquer les variations du cours d'un titre en particulier ?

Marc Montoussé : En dehors du contexte général, le cours d'une action résulte d'abord des fondamentaux de l'entreprise. Il s'agit du résultat d'exploitation qui est un indicateur de la rentabilité de la firme, du bénéfice net, du montant des fonds propres de l'entreprise qui est un critère de solidité financière, du price earning ratio (cours de l'action divisé par bénéfice net) qui permet de voir si l'action se paie relativement cher ou pas. Les prévisions ont aussi une grande importance : position de l'entreprise sur son marché, développement de celui-ci, décisions susceptibles d'infléchir les perspectives... Des évènements exceptionnels (OPA, signature d'un contrat...) ou des mesures vigoureuses de restructuration peuvent faire monter les cours.
Mais, les fondamentaux ne sont pas les seuls facteurs explicatifs ; il faut tenir compte des facteurs psychologiques plus ou moins rationnels. Comme au niveau macroéconomique, les comportements mimétiques, les rumeurs, les prophéties auto réalisatrice ont un impact certain. Il suffit de faire croire que le cours d'une action va baisser pour que des opérateurs vendent l'action en question et que le cours baisse réellement.

Propos recueillis par Nicolas Solomas

A lire
• 100 fiches pour comprendre la bourse et les marchés financiers (Montoussé dir, Bourachot, Reouard, Rettel)
• 100 fiches pour comprendre les Sciences économiques (Montoussé, Chamblay)
• 50 fiches pour comprendre les débats économiques actuels (Montoussé, Chamblay, Renouard)
• Théories économiques (Montoussé)
• Microéconomie (Montoussé, Waquet)
• Macroéconomie (Montoussé, Waquet)


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